Etats-Unis : L’élection de Donald Trump et les calculs des islamistes

Aux Etats-Unis, le mouvement d’opposition qui a suivi la prise de fonction du président nouvellement élu, Donald Trump, et face à ses déclarations sexistes, discriminatoires et islamophobes, connait une ampleur extraordinaire. Les musulmans, en tant que tels, sont parties prenantes de ce mouvement.

Celui-ci a été initié par des associations féminines, lesquelles ont organisé la grande manifestation de protestation du 21 janvier 2017 à Washington de plus d’un million de participants, en majorité des femmes. On trouve au sein de ces associations des musulmanes dans des positions de leadership. Certaines portent même le voile, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il s’agit d’islamistes et que, d’une maniere générale, la composante musulmane du mouvement de protestation, est portée par des islamistes !

Pourtant, certains d’entre eux s’y sont immiscés et entretiennent la confusion entre musulmans ordinaires et islamistes, en espérant se faire reconnaitre comme les représentants de tous les musulmans et des interlocuteurs potentiels des autorités américaines, s’agissant de la communauté musulmane. Il faut rappeler ici que les islamistes, plus spécifiquement les membres du mouvement des Frères musulmans et ses affiliés, sont bien présents aux Etats-Unis, et ont réussi au fil des ans à infiltrer nombre d’associations musulmanes ou ils restent cependant tres minoritaires.

Il est de plus en plus question que l’administration Trump déclare la confrérie des Frères musulmans comme organisation terroriste, à la suite des Emirats-Arabes-Unis, de l’Egypte et de l’Arabie-Saoudite. Ceci a déclenché de la part de la branche égyptienne de ce mouvement (la premiere visée),  une intense campagne de lobbying, appuyée semble-il par des gouvernements arabes dont celui de la Tunisie,  et aussi, bien-sur, comme par le passé, par le CSID ; une entité qui fait office de think-tank en meme temps que d’organisation de lobbying pro-islamiste basée à Washington avec une presence active en Tunisie, tres bien financée, proche du parti tunisien ennahda et présidé par un islamiste Tuniso-américain.

Grâce aux moyens financiers conséquents dont ils disposent, à leur intense lobbying et avec l’aide de leurs «amis» locaux influents et intéressés, qu’on trouve également au sein de la formation politique de Trump (le parti républicain), le mouvement des Freres musulmans espere que cette décision ne sera pas prise.   (Rappelons que la pratique du Lobbying, généralement trés couteuse, qui permet à divers groupes d’intérêt d’influencer les preneurs de decisions, est institutionnalisée aux Etats-Unis et très développée.)

Leur objectif est pratiquement le même que celui des islamistes tunisiens du parti ennahda représenté à Washington par le CSID, se faire reconnaître et accepter en tant qu’islamistes certes, mais tout à fait « inoffensifs » et « modérés »; des musulmans « ordinaires » et même des « démocrates », en meme temps que des alliés fiables et influents des Etats-Unis dans la région du Moyen Orient et Afrique du nord (MENA), comme c’est le cas en Tunisie. Des alliés sur lesquels l’administration Trump peut compter, comme ce fut le cas avec celle d’Obama.

Malheureusement pour eux, il est très peu probable qu’ils présentent un quelconque intérêt ou utilité pour Donald Trump. Celui-ci n’a en effet exprimé aucun intérêt pour l’établissement d’alliances avec les islamistes, ni pour la « démocratisation » du monde arabo-musulman en les y associant, selon la doctrine des néo-conservateurs, et comme ce fut le cas avec les précédentes administrations des présidents Bush et surtout Obama.  En outre, les islamistes dits démocrates et modérés, comme aiment à se presenter les tunisiens d’ennahda, n’ont plus qu’une influence très limitée sur les plus radicaux parmi leurs « frères », qui sont eux la préoccupation premiere de l’administration Trump.

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Néjib Ayachi, universitaire et consultant en développement, Washington D.C.