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Le retour du Maroc au sein de l’Union africaine rend-il possible un réchauffement maghrébin sous l’impulsion de la Tunisie ? ( Par Oussema Abbes *)

Le Maroc a donc réussi son pari, celui de retrouver sa place au sein de la communauté des Etats du continent africain. Mohamed VI vient en effet de retrouver pour son pays le siège laissé vacant par son père en 1984 lorsqu’il avait claqué la porte de l’OUA, suite à l’accession de la République arabe sahraouie (RASD) à l’Organisation de l’unité africaine (appelée aujourd’hui Union africaine -UA). Ce qui a été considéré à l’époque par Rabat comme une humiliation suprême.

En regagnant sa place au sein de cette tribune, le Maroc peut désormais mieux faire passer son message politique sur le continent, et promouvoir et asseoir sa politique économique extérieure d’investissements dans les pays du sahel et d’Afrique subsaharienne de ces dernières années, laquelle a jusqu’ici connu un succès certain.

Victoire diplomatique d’envergure

Tout avait été mis en œuvre pour parvenir à cet aboutissement : ratification par le parlement marocain du traité de l’Union africaine, multiples visites du roi Mohamed VI aux pays d’Afrique de l’ouest traditionnellement amis pour renforcer ces liens ; mais aussi en Afrique de l’est, parmi lesquels le Rwanda, la Tanzanie et l’Ethiopie, plus proches de la RASD ; aucun n’a été négligé…

C’est donc une victoire importante pour le monarque qui affirme ainsi sa vision en matière de politique étrangère, de même que son autorité symbolique comme garant de la souveraineté marocaine, par une victoire diplomatique d’envergure qui lui permet de réintégrer le Maroc au sein des institutions du continent africain ; et en dépit du lobbying mené par l’Algérie et l’Afrique du Sud.

Le Maroc a ainsi pu atteindre son objectif premier de réintégrer institutionnellement l’Afrique, avant de pouvoir mettre en œuvre son objectif ultime, isoler la RASD au sein de l’organisation en encourageant graduellement les pays africains l’ayant reconnu officiellement à rompre leurs relations diplomatiques avec elle. Un peu comme la Chine a su si bien le faire avec les Etats qui avaient établis des liens diplomatiques avec Taiwan. Signe d’un temps nouveau est le message de bienvenu communiqué par la RASD, suite à la décision de réadmission du Maroc. Ainsi, alors que beaucoup s’attendaient à une recrudescence des tensions militaires sur la ligne de démarcation entre le Maroc et le Sahara occidental, il n’en a rien été, et une ère nouvelle semble en effet se dessiner.

Quid de la Tunisie

Sans revenir sur le rôle qu’a pu jouer la Tunisie dans cette décision lors des sommets africains précédents de Kigali et d’Adis Abeba, nous nous focaliserons plutôt sur deux objectifs que notre diplomatie devrait tenter de réaliser en fonction de cette nouvelle situation :

Prenant exemple sur le Maroc, les tunisiens devrait travailler inlassablement à intensifier les relations d’amitié, économiques et commerciales avec les pays du Sahel et au delà, à commencer par l’Afrique francophone, en saisissant l’opportunité  présentée par le prochain sommet de la francophonie qui doit se tenir à Tunis.

Le deuxième objectif, d’une importance critique pour la sécurité et le développement économique de toute la région maghrébine, porte sur le plus long terme. Il consisterait pour la diplomatie tunisienne  à œuvrer de manière déterminée  à ressusciter les relations intra-maghrébines aujourd’hui au point mort à cause de l’inimitié  entre l’Algérie et le Maroc.

Ceci pourrait être fait en commençant par le rétablissement d’un dialogue intra-maghrébin, pour éventuellement être en mesure de définir ensemble un certains nombre d’objectifs commerciaux et sécuritaires communs minimums, qui puissent être rapidement et facilement réalisés, malgré les différences et divergences. Puis, plus tard, étape par étape, définir les modalités d’une coopération régionale plus solide et durable.

Il s’agit là d’un impératif essentiel car la nature des défis qui se posent aujourd’hui à tous les pays du Maghreb, qu’ils soient d’ordre sécuritaire ou économique, ne permet en aucun cas à un pays, seul, d’y faire face uniquement par lui-même , mais nécessite une réponse régionale maghrébine.

Pour cela, la Tunisie doit de toute urgence développer une vision ainsi qu’une stratégie cohérente pour la mettre en oeuvre, et utiliser tout son savoir-faire diplomatique pour convaincre ses partenaires du Maghreb. Utopique me direz-vous ? je vous rétorquerais que c’est seulement ambitieux ! Il suffit seulement d’en avoir la ferme volonté.

( * Oussema Abbes, juriste et politologue, Tunis)