Corruption

Notre amie Noura Boursali, militante démocrate, et journaliste de talent, vient de publier un post sur Facebook intitulé : « Pour une opération nationale Mains propres », dont voici le contenu :

« S’il s’agit d’une lutte réelle contre la corruption, une large opération « Mains propres » devra être engagée et toucher toute personne présumée coupable d’enrichissement illicite, de malversation, de corruption, etc., serait-elle actuellement responsable politique ou député, ou ayant une responsabilité administrative… Une enquête en bonne et due forme doit être faite sur le financement occulte des partis politiques et de leurs campagnes électorales. Cette enquête doit également concerner le monde des médias : directeurs de chaînes privées, « journalistes » et « animateurs » de service, y compris du côté de [la chaine de télévision] el Watanya qui doit répondre positivement à la demande de l’ONG  I Watch de consulter certains dossiers, mais qui s’est vu essuyer un refus de sa part. »

« Il faut ouvrir tous les dossiers qui concernent les administrations, les hôpitaux et autres… Chaque ministre sans exception aucune, doit lancer une opération « Mains propres » dans son ministère tant sur le plan national que régional… [Il ne faudra pas non plus] oublier les entreprises privées. »

« Le pays a besoin d’une large opération « Mains propres » dans tous les domaines sans exception. Ainsi on réussira à assainir le paysage politique et médiatique, à moraliser la vie publique… C’est à cette seule condition (de la mise en place d’une opération nationale « Mains propres » dont les objectifs seront clairement définis) que les Tunisiens pourront reprendre confiance dans leurs institutions et que le pays pourra démarrer sur de nouvelles bases… Tout cela doit être mené dans la transparence la plus totale sur le plan information et aussi dans le respect de la loi en dehors de juridictions d’exception…. »

J’interviens ici pour dire à notre amie Noura, qu’une opération « mains propres » sans pouvoir réel pour la réaliser, ne sera qu’un vœu pieu !

Notre premier ministre et ses ministres n’ont ni le cran, ni le soutien politique nécessaire (de la part des partis majoritaires) pour mener une vraie guerre contre la corruption ! Lutter contre la corruption nécessite non seulement un appareil judiciaire sain et intègre, ce qui malheureusement fait actuellement défaut en Tunisie, mais surtout une volonté politique résolue, qui est également absente. La coalition Nida-Nahdha ne peut mener une guerre contre les corrompus. Le moins informé des Tunisiens peut citer plusieurs noms de corrompus, soutiens de l’un ou de l’autre de ces partis ; et même designer personnellement plusieurs responsables de partis de la coalition au pouvoir qui se sont enrichis illégalement. Des organismes locaux et internationaux crédibles s’accordent pour considérer que la corruption devient un véritable fléau en Tunisie. L’ONG globale, l’International Crisis Group, dans son dernier rapport sur la Tunisie daté du 10 mai 2017, conclut que «la transition (démocratique) est bloquée pour cause de corruption et de régionalisme».

Une autre ONG internationale de renom, Transparency International, constate dans son rapport sur la Tunisie de 2016, que même si on peut enregistrer une légère amélioration, « la Tunisie a encore un long chemin à parcourir dans sa lutte contre la corruption ».  Elle releve que les lois sur la protection des dénonciateurs, et relatives à l’enrichissement illicite, restent manquantes ; et qu’en outre, la justice tunisienne devrait d’abord progresser dans le traitement des affaires de corruption en cours, en particulier celles qui trainent dans les casiers depuis 6 ans ».

La volonté de la présidence de la république de faire passer en force son projet de loi d’amnistie économique, qui revient à absoudre les corrompus dans un contexte où la corruption a pris des proportions effarantes et dangereuses, dénote de ce climat nauséabond qui règne dans la sphère politique.

Même la Banque mondiale a exprimé son mécontentement face à un tel projet, si bien qu’il semblerait que celui-ci ait été gelé pour le moment. La majorité des dirigeants du pays, membres du gouvernement et députés du parlement inclus, de par leurs pratiques et même de par leurs déclarations, ne sont pas chauds pour vraiment combattre la corruption, certains par intérêt et d’autres par compromission. Une preuve parmi d’autres : seule une minorité de députés a fait une déclaration de patrimoine, exigée par la loi, avant de prendre leur fonction à l’assemblée nationale (ARP) élue en octobre 2014 !

C’est pourquoi beaucoup de Tunisiens accordent peu de crédit aux arrestations opérées hier de certaines personnes suspectées de corruption, beaucoup n’y voient qu’une opération de dévoiement de l’opinion publique et une mascarade !

Amira Aleya Sghaier (Historien universitaire, Tunis)